« La communication à l’heure du numérique » Nos réponses à Business Mag

Michaella – Digital Copywriter, Kristel Henry – Art Director et Valentine – Content Project Manager ont répondu à des questions pour le dossier de Business Mag paru le 17 juillet sur le monde du branding et de la communication à l’heure du numérique. Nous avons souhaité vous partager leurs réponses.
Face à la compétition dans le domaine de la communication, Internet insuffle-t-il de nouveaux leviers de croissance aux campagnes publicitaires ? 

Michaella : Internet offre de nouvelles perspectives de communication aux sociétés avec un avantage en termes de couts par rapport aux médias traditionnels. Il y a d’abord le site Interne de l’entreprise qui est son propre média, lui offrant ainsi la possibilité de communiquer toutes ses informations. Grâce au SEO, l’entreprise peut optimiser son référencement et donc sa visibilité sur le net. Le blog est aussi une plateforme de plus en plus utilisée et permet, grâce à un style de contenu moins formel, de favoriser le sentiment positif du public à l’égard de la marque. Les bannières web, disponibles sur de nombreux sites Internet, offrent aussi de la visibilité à la marque et permettent de rediriger les visiteurs directement vers le site de l’entreprise. Enfin, avec l’émergence des divers réseaux sociaux tels que Facebook, LinkedIn et Instagram, le public peut facilement interagir avec la marque et c’est là que l’on parle de communauté. Les réseaux sociaux permettent notamment d’analyser rapidement les tendances et donc d’adapter les messages aux besoins de la communauté. L’avantage phare d’Internet en général, par rapport aux médias traditionnels, est d’avoir des données mesurables en quelques clics. 

À l’étranger, en France plus particulièrement, Internet est le premier media en termes de recettes publicitaires. À Maurice, la communication digitale tarde à décoller, alors que le nombre de souscriptions à Internet ne cesse d’augmenter. Qu’est-ce qui explique ce paradoxe ? Est-ce que les consommateurs ne sont pas prêts pour ce virage technologique, ou est-ce que les clients ne sont pas encore convaincus du potentiel d’Internet pour leur communication ? 

Michaella : Maurice est en train de rattraper l’écart qui le séparait des autres pays en termes d’avancée technologique. Les entreprises disposent quasiment toutes d’une présence sur le web, soit avec leur propre site Internet, soit sur les réseaux sociaux. Nous notons aussi l’émergence de plateformes e-commerce par exemple, alors qu’il y a une dizaine d’années cela n’était pas du tout d’actualité dans notre pays. La population était réticente au changement. Aujourd’hui, il faut dire que les consommateurs ont bien compris le virage technologique que nous avons amorcé et sont nombreux à interagir sur les réseaux sociaux ou à considérer de faire leurs achats en ligne. Quant aux entreprises, elles ont compris l’importance d’Internet et s’attachent à communiquer de plus en plus en ligne depuis quelques années. 

 
La communication digitale est-elle en train de modifier le schéma de comportements des consommateurs ?

Michaella : Le schéma classique de la transmission de message est en train de changer, entraînant un changement de comportement des consommateurs, en sus des autres facteurs qui influencent la manière dont ces derniers réagissent, comme le travail, un emploi du temps chargé etc. Les consommateurs recherchent davantage la facilité et le fait de pouvoir obtenir des informations sur les produits recherchés sans se déplacer, ou tout simplement, faire leurs achats en ligne et être livrés à domicile. Ce sont ces avantages qui entrainent un changement graduel dans le schéma de comportements des consommateurs.

Quand on analyse les résultats des sondages, on retrouve souvent les mêmes marques fortes consommées localement, notamment celles qui disposent d’un certain ancrage historique. Comment de jeunes marques ou de nouvelles marques peuvent se faire une place dans cette configuration ? 

Kristel : En effet, les Mauriciens sont très attachés aux valeurs émotionnelles des marques locales installées sur le marché depuis longtemps, notamment pour l’image rassurante que celles-ci véhiculent.

Pour se faire une place sur le marché et donc dans l’esprit des consommateurs et de la population en général, les marques qui se lancent doivent avant tout avoir un branding fort ; c’est-à-dire une identité et un univers de marque établi permettant de favoriser la reconnaissance visuelle et la mémorisation. S’il n’y a pas de stratégie de positionnement, il est difficile d’installer durablement la marque sur le marché. Les entreprises sans stratégie de branding se revendiquent, en effet, difficilement en tant que marque et auront donc du mal à être identifiées par le public qu’elles ciblent. Quelle que soit sa taille, l’entreprise a besoin de se positionner pour exister.

Ensuite, les marques doivent communiquer auprès de leurs cibles à travers les bons canaux et avec les bons outils.

Nombreuses sont les nouvelles entreprises qui négligent l’importance de la communication parce que cela représente un véritable budget. Faire l’impasse sur la communication est presqu’aussi néfaste que de ne pas avoir de stratégie de branding. L’un et l’autre vont ensemble. Avoir une très belle identité, de bons services, de bons produits, mais ne pas les présenter à ses cibles, cela n’a pas de sens.

Il est important de noter qu’à la différence des européens, reconnus comme étant très méfiants face à la communication en général, la population mauricienne est publiphile, c’est-à-dire qu’elle a confiance en la publicité et donc qu’elle est plus à même d’aimer une marque. Les entreprises mauriciennes doivent saisir cette opportunité et trouver la bonne façon de diffuser leur message et de communiquer auprès de leurs publics cibles, afin de créer un vrai rapport émotionnel avec eux. »

Quand et comment sait-on qu’un exercice de branding est réussi ? 

Valentine : Un exercice de branding et les collatéraux qui en découlent, c’est-à-dire son univers visuel et ses outils de communication, sont primordiaux pour positionner une marque sur le marché. Ainsi, un exercice de branding réussi se traduit par la capacité du public à identifier la marque et la reconnaître à travers un ou quelques détails visuels… Le Colonel Sanders de KFC en est un bon exemple. Aussitôt qu’on voit la tête du Monsieur à lunettes, on sait tout de suite qu’il y a du poulet frit à quelques mètres ! C’est la même chose pour la pomme d’Apple, une marque qui a d’ailleurs réussi à créer un vrai rapport émotionnel avec son public, car au-delà d’un appareil électronique, on achète un lifestyle. Quand on arrive à créer ce lien durable avec sa cible, on peut dire que l’exercice est un véritable succès ! Mais les marques doivent faire attention, car ce rapport émotionnel est toujours sensible. Les consommateurs ne sont pas dupes et souvent, la raison dépasse l’émotion… C’est d’ailleurs de plus en plus le cas aujourd’hui. 

Le dernier atelier du label ‘Made in Moris’ a mis en exergue les marques utiles. À l’ère de la communication publicitaire tous azimuts, cette notion pourrait-elle faire de plus en plus sens pour les consommateurs locaux ? 

Valentine : Les Mauriciens sont publiphiles oui, mais ils ne sont pas dupes. Ils sont même de plus en plus exigeants et volatiles. Ils recherchent des marques qui leur inspirent confiance. Le contexte dans lequel nous vivons – sur une île de près d’1.3 millions d’habitants seulement -, fait que nous avons des profils de consommateurs différents des plus grands pays. Ici, la morale est très forte et les valeurs sont des points clés auxquels les Mauriciens sont très attachés… Cela était déjà le cas avant, mais avec l’émergence de la notion de développement durable, des impératifs environnementaux et les prises de conscience au niveau de la santé, la morale et l’éthique sont devenues des points clés dans les schémas de consommation mauriciens. On peut donc dire, en effet, que les marques « utiles », « propres » et « durables » seront définitivement celles qui susciteront plus l’intérêt des consommateurs locaux.